Entre ciel et terre
un monde, un temps
étendue de poussières
que les vents affolent
étoiles en fin de vie
dansent, chatouillent les yeux
les larmes, sont ce par quoi je vois
un monde qui va finir
a pris fin
je touche le ciel
mon corps perd appui
me somme d’agir
d’implorer la poésie
elle s’est éclipsée
hier ou demain
entre montagne et mer

 

D’un bruit sourd en suspens
de la fin du monde d’il y a plus d’un siècle
je suis née anomalie maudite,
fruit d’une rencontre de réfugiés
aujourd’hui encore,
exilée de l’exil
des branches vierges
sur un arbre généalogique
arbres amnésiques
comme gardiens de l’histoire
je vous reconnais
nous qui implorons le passé
pour y trouver une trace de notre passage
tout notre bonheur et toute notre tristesse
dans une pluralité incontestée,
floue, mouvante, parfois invisible

 

un désir fou me prend parfois
de devenir chose dépouillée de sens
De ces paysages abandonnés
remonte une histoire invisible, inaudible
je touche la terre
pleure la mémoire des autres
les paroles contenues
passent par la roche
coulent la rivière
je ne dors plus
le sommeil m’a oublié
des vibrations me parviennent
du ciel
de la terre
celles de la fin
du commencement
mes larmes asséchées se mêlent à la pluie
elles sont beauté, terreur
tracent une généalogie
celle du silence, qui tue
je porte le deuil
d’une histoire non vécue, à vivre
ici, ailleurs, nulle part

 

A la recherche des mots
en écho aux tiens
en vain
il y a des non-dits enfouis au fin fond de soi
on s’écrit des phrases en débris
qui essaient de tisser un lien vers un sens
une vérité apaisante mais toujours élusive
apprends-moi à retrouver les paroles contenues
dans la roche
et la rivière

 

prisonnières entre montagne et mer
apaise cette vigilance
envers les vibrations du ciel et de la terre
je te reconnais,
j’essaye de tendre vers toi
nos mots,
comme des comètes en errance,
essayent de se rejoindre

 

Tu évoques une complicité
qui nous lie
l’une l’autre
pourtant si seules
serait-ce dans la perte
que se produit cette connivence si rare
cette consolation tant convoitée
le lieu de l’apaisement existerait-il
dans son absence même
nous sommes hors des lieux, des temps
exilés d’hier, de demain
en quête perpétuelle d’une demeure
qui a existé, périra
j’ai touché la roche, trempé la rivière
les paroles me traversent, discrètement
tu connais leur souffle
les arbres amnésiques te l’ont confié
il y a longtemps, bien plus tard